maquettes en vue
Quand des maquettes de compositions photographiques sont mises en vue, tires de lâombre de lâatelier, un autre couloir vers ce lieu sâouvre par ce truchement. Mais ce qui retient plus particulirement lâattention est le glissement qui sâeffectue de la maquette photographique la maquette photographie. Les fictions dâatelier, comme des maquettes patiemment construites contre un mur, sont interprtes par lâțil de la camra. Elles ne sont dâailleurs destines quâ cette seule fin. Lâțuvre est photographique, rsolument photographique. La part de dessin, de collage, de construction, de mise en scne et dâclairage, seul le papier photosensible en gardera la trace.
Il nâest pas dit pour autant que ce travail pralable soit ngligeable et quâimporterait uniquement lâinstant photographique. Loin de l, il me semble, car il est signe dâun vident retour lâatelier. Il montre un dveloppement trs labor de la forme, profus, touffu, baroque et câest l un autre paradoxe, dâapparence analytique. Devant ces pans de mur chargs de dessins, de collages et dâassemblages, on assiste au dveloppement dâune pense visuelle avide dâinventions formelles, cherchant les rapprochements, les contrastes ou les digressions. La srie photographique laquelle appartient Lâoblique pige (1988) rappelle les pages magnifies dâun carnet de notes de travail. Bref, on a le sentiment dây voir le processus dâune rflexion visuelle en cours, dans lâinstant mme de son jaillissement, alors que sâentassent une multitude de possibilits, alors que sâtoffe le fouillis fertile dâune exploration sans bride, un ple-mle numratif sans direction assigne.

Dans Lâoblique pige on voit aussi comment sâaffirme et se concrtise lâenjeu photographique, par lâimmixtion dâune curieuse bande de Mțbius. Cette apparition nimbe dâun halo color survient dans le processus photographique mme. Lors de la prise de vue, lâartiste a plac dans le champ de la camra un prisme qui capte et rflchit cet objet hors-champ, quelques pas, pour lâintroduire dans lâimage. Le halo color, qui lui donne une allure spectrale, provient justement de ce passage dans le prisme. Le fait proprement photographique se greffe donc au faire manuel initial prsent sur le mur, amplifiant davantage la profusion du mur dj charg des notations les plus diverses. Lâespace devient chaotique, labile et exubrant, plong dans une pnombre baroque.
Lâartiste utilise, dans cette srie dâțuvres photographiques, des projections de formes lumineuses, la lumire artificielle et la lumire naturelle. Lâclairage appartient galement lâhumeur baroque 11 . Ponctuelle, allusive, laissant la surface dans une relative obscurit 12 , la lumire y cre une ambiance teinte de ÇÊmystreÊÈ, le mystre de ce qui demeure incomprhensible, dans la pnombre 13 o balbutie la raison. Car lâesprit baroque est aux antipodes de la dmonstration et de la clart dmonstrative. Ë la lumire gale et znithale de lâart classique, le baroque prfre une lumire oblique heurtant le dtail. Cette lumire nâa pas pour fin de clarifier ou de faire comprendre. Elle ne cherche pas convaincre lâesprit 14 mais plutt surprendre et toucher, mouvoir et inquiter.