l'illusion et la connaissance
l'illusion et la connaissance

Devant lâillusion, devant un trompe-lâțil, il y a certes un amusement, un moment de pure jubilation. ÇÊLe sujet jouit alors, Žcrit Jacqueline Lichtenstein, de percevoir le pige dans lequel son ingŽniositŽ un instant sâest abolie 9 ÊÈ. Mais cet amusement doit tre examinŽ plus attentivement. Puisque le plaisir dâtre trompŽ ne peut sâaccomplir que par lâabolition mme de la tromperie. Le trompe-lâoeil est un mensonge qui doit se dŽclarer comme tel pour provoquer le plaisir. Il doit donc rŽtablir la vŽritŽ, contrairement au tableau dâHistoire qui sâefforce de nous convaincre de son absolue et historique vŽritŽ. De toute manire, en prŽsence du trompe-lâoeil, le mensonge demeure toujours fragile et ŽphŽmre. 10 

Mlant vŽritŽ et mensonge, le trompe-lâoeil met en cause la certitude de la connaissance sensible. Le savoir et la foi sây confondent quand les faits matŽriels sâopposent ˆ ce que lâon croit voir et quâon a pourtant vu. Lâincertitude perceptive devient alors lâŽcho de lâinstabilitŽ relative qui affecte tout savoir. Dâo provient probablement, du moins en partie, ce parfum de suspicion qui lâentoure. Le trompe-lâoeil serait un perpŽtuel et inconvenant Žloge du doute.

Lâțuvre de Tousignant repose le plus souvent sur la prŽsentation dâun double systme aux articulations paradoxales. Hors les murs de lâatelier, mais sans vraiment quitter le registre de la nature morte, il y a lâexemple des GŽomŽtries solaires o des sections de branches dâarbres plantŽes dans le sable forment des figures dâune rŽgularitŽ Žtonnante, vue lâapparente anarchie quant ˆ la longueur et la disposition des bouts de bois (particulirement visible dans Dessin solaire no. 19) Lâappareil photographique, assistŽ du soleil, interprte en figures cohŽrentes, par un jeu de projection, le dŽsordre apparent. Le dispositif mime ainsi lâacte de connaissance, la mise en forme dâun savoir, comme le nombre ß installe une rgle surprenante dans lâinfinie diversitŽ dimensionnelle des cercles. Mais la cohŽrence des figures solaires ne vaut qu∠lâheure dite. Figures instables, le temps les dŽfait, le temps pourrait les dŽfaire. Câest ici la marche du soleil que le photographe arrte.

Dans ces gŽomŽtries, la projection de lâombre portŽe se substitue ˆ la rŽflexion des sculptures des annŽes soixante, le sable remplace la feuille dâacier polie comme surface de rŽception. Le rŽsultat prŽsente des similitudes. Il sâagit toujours dâun double systme (dâune part le dŽsordre des branches et de lâautre, la figure rŽgulire) dont lâinteraction engendre des paradoxes que seules les apparences momentanŽes dâun point de vue rŽsolvent. Un fragile moment de conviction est alors construit.

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