entre peinture et sculpture
En 1968, Serge Tousignant dclarait que ÇÊ[...] la sculpture nâest pas une sculpture : câest une mise en forme dâune ide qui nâa pas au dpart une optique sculpturale et qui ne se prcise que dans lâlaboration 2 È On peut comprendre aisment la prcision quâapporte lâartiste. Car durant les annes soixante son travail touche dâabord la gravure, puis la peinture et la sculpture, sans que ne sâimpose une nette distinction entre les deux. 3
En fait, sa sculpture traite de questions picturales en termes sculpturaux. Ainsi
Guillotine (1968) comporte un rectangle dâacier poli qui fait office de miroir, de tableau-miroir, o se rflchissent des bandes rgulires peintes sur une surface dâaluminium pli. Par ce fait, la nature de lâțuvre appartient aussi bien la peinture quâ la sculpture.
Modules jaunes (1967) amnage la rencontre diffremment : une plaque de verre spare deux modules en acier peint, identiques et superposs. La rflexion nâest que partielle et lâțuvre donne voir un simulacre dâillusion o deux objets rels, de part et dâautre dâun plan transparent, entretiennent le rapport qui affecterait un objet rel et son image virtuelle. Quelques annes plus tard, Hommage Magritte soulignera la rfrence picturale de ces țuvres fondes sur un jeu de rflexion : la surface rflchissante y sera porte par un chevalet, devenu objet sculptural.
Les Papiers plis, raliss durant cette mme priode, proposent aussi une rencontre entre peinture et sculpture. Lâacte de peindre est remplac par celui de plier la feuille de papier color (comme est pli lâaluminium de Guillotine).
Le procd est sculptural mais lâeffet reste pictural, parce quâessentiellement bidimensionnel. Feuille de papier ou feuille de mtal, le procd est le mme, sauf que le pan pli est dans le premier cas compltement rabattu. Dâailleurs, Exit de 1966-1967
4 expose ce passage de la forme tridimensionnelle la surface : en quatre squences colores, un cube dâacier maill sâcrase jusquâ devenir presque compltement plat. Presque, tout juste la limite.
Mais du coin de la feuille au coin dâatelier, câest prcisment par la sculpture que la perspective du dispositif photographique sâesquisse. Car dj ces sculptures sont des machines voir, des mcaniques optiques dont le moteur est le spectateur qui, par ses dplacements, la met en branle. Comprendre le dispositif requiert une diversit de points de vue, une mobilit du corps tout entier. En changeant de point de vue par rapport lâțuvre, il saisit lâillusion et le dispositif qui la fait natre. Si le spectateur est immobilis et captif dâun seul point de vue, lâillusion devient alors insaisissable. 5 Il construit et dfait lâillusion. Lâțuvre tant participative, la production de lâillusion est donc partage entre lâartiste et le spectateur.
Vu sous cet angle, lâappareil photographique agit comme lâțilleton des anamorphoses qui dsigne au spectateur le point de vue exact adopter pour que la figure dforme se reconstruise. Des machines optiques point de vue variable jusquâ lâțilleton opticomcanique, lâinstallation Laissez faire les sphres (1975) produit une sailli, un moment de rcapitulation. Câest l que lâțilleton photographique pos sur un trpied sâimpose au spectateur en retrouvant lâespace sculptural. Dans cette installation, le miroir rectangulaire est dans la camra. Et le point de vue ncessaire est si prcis que les pas du spectateur doivent tre arrts ce point nomm. Il ne peut tre abandonn la libre dcouverte. Le cadrage du viseur et lâeffet pictural du champ rgulirement limit tiennent un rle important dans lâavnement du moment de mprise o toutes les sphres semblent dâune mme dimension, alors quâelles sont de dimensions diverses dans lâespace tridimensionnel que parcourt le spectateur.
La multiplication squentielle des Coins dâatelier rintroduit une forme de mobilit optique semblable celle prsente dans les sculptures antrieures. Lâaddition des clichs donnant de multiples points de vue se substitue aux pas du spectateur autour des sculptures ÇÊoptiquesÊÈ. Quand apparat le ruban gomm, un double point de vue se met en place, dâun seul angle. Lâimmobilit est mise en droute selon une autre stratgie, avec le paradoxe dâun point de vue physiquement unique mais perceptuellement double.
Il faut bien constater que les Coins dâatelier prsentent une vidente similitude avec les papiers plis : un plan pli, que modifie lâclairage, que saisit et multiplie le papier photographique. Le coin de la feuille cde la place au coin dâatelier : plier et rabattre sur une feuille de couleur dans un premier temps pour poursuivre ensuite le jeu des plis sur papier photosensible. Du coin pli de la feuille de papier, avec ses effets dâop art, au coin dâatelier photographi, on observe donc un rseau de circulation induisant une convergence.